Première séance – Séminaire des boursier-es d’études supérieures du CRÉ
2910 Édouard-Montpetit
Montréal
Vous êtes invité-es à la première séance de l’édition 2025-2026 du Séminaire des boursier-es d’études supérieures du CRÉ.
À l’occasion de cette séance, Melissa Hernandez-Parra et Vincent Rochelle présenteront leurs travaux. Chaque présentation durera environ 20 minutes et serait immédiatement suivie d’une discussion d’environ 25 minutes.
L’objectif du Séminaire est d’offrir à nos boursier-es des conseils et des critiques constructives afin de les aider à renforcer leur projet de recherche. Il s’agit également de leur donner l’occasion de s’exercer à livrer une présentation selon un format comparable à celui des colloques universitaires. Nous espérons que vous serez nombreuses et nombreux à participer à cette activité, que nous souhaitons particulièrement formatrice!
Au programme :
Cette présentation s’inscrit dans un projet de recherche consacré à la variation des attributions de responsabilité morale et juridique et à ses implications normatives. Partant du constat que nos pratiques d’attribution de responsabilité varient de manière significative selon les contextes sociaux, culturels et institutionnels, le projet interroge l’idée selon laquelle il existerait des critères uniques et universels permettant de déterminer, de façon indépendante des pratiques, qui est responsable et dans quelles conditions.
Dans un premier temps, je présente l’argument relativiste fondé sur le désaccord authentique. Selon cet argument, la persistance de désaccords profonds et rationnellement persistants concernant les conditions de la responsabilité constitue une raison de douter d’un objectivisme normatif strict en matière de responsabilité. J’examine ensuite plusieurs objections classiques adressées à cette position, notamment le risque de scepticisme et la difficulté de rendre compte de la critique et du progrès moral.
Dans un second temps, je défends une réponse pluraliste à ces objections. Je soutiens que les attributions de responsabilité peuvent être objectivement justifiées à l’intérieur de cadres normatifs pluriels, structurés par des valeurs et des finalités distinctes. Ce pluralisme permet de reconnaître l’existence de désaccords authentiques tout en préservant une forme d’objectivité normative liée à la fonction de la responsabilité morale, ainsi que la possibilité de critique entre cadres. L’objectif est ainsi de proposer une conception des attributions de responsabilité sensible à la diversité des pratiques sans renoncer à l’existence d’un critère partagé d’attribution de responsabilité entre différents groupes sociaux.
2) 15h45 – 16h30 – Présentation de Vincent Rochelle, doctorant en philosophie à l’Université Laval, sous la direction de Catherine Rioux. Vincent présentera via Zoom (lien ci-dessous).
Penser une théorie cohérente des sentiments existentiels
Les théories faisant appel aux sentiments existentiels ont fleuri depuis que Matthew Ratcliffe (2008) a proposé cette classe d’états mentaux, décrits comme des sentiments pré-intentionnels de la relation du sujet au monde (Ratcliffe 2009, 2012, 2018). Ils permettent de nommer des états affectifs de notre quotidien, et sans objets précis, que la philosophie des émotions relègue généralement à de simples éléments de langage (se sentir déconnecté, submergé, en harmonie avec le monde, vivant, etc.) ; mais aussi de mieux décrire la phénoménologie d’états psychopathologiques (la perte de motivation dans la dépression, le sentiment d’irréalité dans la schizophrénie, etc.). Cela permet également de penser des états plus fondamentaux que nos émotions classiques, comme l’espoir basal (Calhoun 2018, Milona et Stockdale 2018), qui fonctionnerait comme une condition de possibilité pour les espoirs particuliers. On imagine des implications potentielles pour d’autres états affectifs, comme l’ennui profond ou certaine forme d’angoisse, que la philosophie des émotions ne parvient aujourd’hui pas à cerner correctement (Elpidorou et Freeman 2019).
Ces nouvelles applications des sentiments existentiels critiquent régulièrement les failles théoriques dans la conception de Ratcliffe (Saarinen 2018, Fitzpatrick 2023), notamment la catégorie du pré-intentionnel. Ces différences empêchent d’aboutir à une théorie cohérente et unifiée des sentiments existentiels qui permettrait réellement d’articuler les différentes intuitions des auteurs.
Je propose une conception des sentiments existentiels, alternative à celle de Ratcliffe, qui a pour objectif de poser des critères définitionnels cohérents et d’unifier ces théories. La thèse défendue est que les sentiments existentiels sont bien intentionnels, mais possèdent des objets très différents de ceux des émotions. Je vais montrer que ces sentiments ont pour objets les états des possibilités auxquels fait face l’agent, et qu’ils sont individués par les propriétés modales, et non évaluatives, qui sont représentées. Ce faisant, les sentiments existentiels transmettent une base cognitive nécessaire (mais non suffisante) pour les émotions d’incertitude et leur caractère motivationnel. Enfin, je décrirai quatre sentiments existentiels qui semblent rendre compte des phénomènes décrits par les différents auteurs.


