La Confiance

La confiance est une condition fondamentale de la vie humaine. Sans elle, la coopération s’effondre, les relations se distendent et les institutions perdent leur prétention à la légitimité. Elle est pourtant fragile et moralement complexe : on peut la mal placer, la manipuler, la trahir ou la refuser systématiquement, et son érosion ou son détournement emporte des conséquences éthiques profondes. À une époque où la confiance du public envers la science, les gouvernements et les institutions démocratiques est mise à rude épreuve dans une grande partie du monde, et où l’essor de l’intelligence artificielle, des réseaux sociaux et des systèmes de décision algorithmique recompose les conditions mêmes dans lesquelles elle se forme, se maintient ou se défait, l’éthique de la confiance s’impose comme l’un des domaines d’enquête les plus urgents de la philosophie morale et politique contemporaine.

Ce thème soulève d’abord des questions conceptuelles fondamentales. Que signifie exactement faire confiance à quelqu’un — ou à quelque chose ? En quoi la confiance se distingue-t-elle du simple fait de miser sur la fiabilité d’autrui, de la certitude ou de la déférence ? Quel rapport entretient-elle avec la méfiance — et la défiance peut-elle être non seulement rationnelle, mais moralement requise ? Ces interrogations prennent une profondeur particulière dans les contextes où la confiance est structurellement asymétrique, historiquement brisée ou susceptible d’exploitation : ainsi des relations entre patients et professionnels de la santé, entre communautés marginalisées et institutions épistémiques qui les ont longtemps exclues ou mal représentées, ou encore entre citoyens et États qui les gouvernent.

La confiance appelle également des questions normatives pressantes. Quelles obligations incombent aux individus, aux institutions et aux gouvernements pour cultiver, maintenir, justifier ou restaurer un tel lien ? Comment convient-il de réagir — individuellement ou collectivement — lorsqu’il est trahi ou que la méfiance est généralisée ? Quelles formes de responsabilité, de transparence ou de reconnaissance sont nécessaires pour que se fier à autrui soit raisonnable plutôt que naïf ? Et existe-t-il une confiance excessive, une forme de complaisance morale qui décourage tout examen critique de celles ou ceux à qui l’on s’en remet ?

Ce thème phare traversant les axes de recherche du CRÉ entend rassembler et approfondir les conversations déjà en cours au sein de ses axes de recherche, autour des multiples dimensions de la confiance — conceptuelles, normatives et pratiques. Le thème a été inauguré lors d’un atelier de lancement en avril 2026, au cours duquel des membres du Centre ont présenté des travaux portant sur des questions de confiance dans des domaines variés. La vitalité de cet échange a confirmé à la fois la centralité de cette notion dans le paysage éthique contemporain et la richesse des possibilités de dialogue et de collaboration qu’elle ouvre au sein du Centre.