(Décom)poser les limites : dialogues et enjeux actuels

Quand :
27 avril 2026 8 h 45 – 17 h 00
Où :
Salle 223, Université de Montréal, mode hybride
2910 boulevard Édouard-Montpetit, Montréal QC

Rejoignez-nous pour le grand Colloque 2025-2026 des boursier·ère·s du CRÉ ! Cette année, le colloque s’articulera autour de trois sessions et tables rondes : la première session portera sur le thème des limites sociales et de la normativité ; la deuxième abordera la nature des limites politiques, économiques et écologiques ; et la troisième explorera les limites et la mortalité. Vous trouverez ci-dessous les résumés de chaque présentation et session.

Pour y participer via zoom, c’est ici (ID de réunion: 704 532 7051; Code secret: 9Me2EW).

Programmation :

  • 8h45 – 9h00 : Café et collations de bienvenue
  • 9h00 – 9h15 : Mot d’ouverture, Ryoa Chung (UdeM), co-directrice du CRÉ

Première séance – axe sur les normativités sociales – présidée par Alex Stankovich (UdeS), « Les limites à la reconnaissance des savoirs expérientiels : une discussion croisée entre les milieux académique et pratique »

  • 9h15 – 11h00 : Présentations de Reem Alameddine (Clinique Mauve, UdeM, UQÀM), « Habiter l’entre-deux : produire du savoir depuis une position située » ; Aude Bandini (UdeM), « Savoirs expérientiels et extractivisme épistémique » ; Amandine Catala (UQÀM), « Savoirs expérientiels et justice épistémique dans le contexte de la neurodiversité » ; et Fernanda Pérez-Gay Juárez (McGill; Neurophilosophy Lab), « Des vécus pluriels aux savoirs reconnus : patient·es, clinicien·nes et chercheur·es en circulation »
  • 11h00 – 11h15 : Pause

Seconde séance – axe sur la nature des limites politiques, économiques et écologiques – présidée par Olivier Boucher (UdeM) et Nohémie Bokuma (Concordia), « Les limites économiques et politiques : réflexions sur la gestion collective des limites »

  • 11h15 – 12h30 : Présentations de Denise Celentano (UdeM), « Les limites du travail » ; et Michaël Lemelin (UdeM), « L’argument démocratique en faveur du limitarisme à l’épreuve de la stagnation économique »
  • 12h30 – 13h30 : Dîner

Troisième séance – axe sur les limites et la mortalité – présidée par Olivier Boucher (UdeM), « Les limites et la mortalité : trois voies/voix de réflexion sur l’expérience de la finitude »

  • 13h30 – 15h00 : Présentations de Louise La Fontaine (AQSP, UdeS) ; France Lacharité (UdeS) ; et Vincent Rochelle (ULaval)
  • 15h00 – 15h15 : Pause
  • 15h15 – 16h45 : Conférence plénière – présidée par Alex Stankovich (UdeS) ; Sophie Djigo (Laboratoire STL, Lille ; Institut Convergences Migrations), « Frontières et limites : Déjouer le blanchiment / résister en solidarité »
  • 16h45 -17h00 : Mot de clôture

Première séance : « Les limites à la reconnaissance des savoirs expérientiels : une discussion croisée entre le milieu académique et les milieux de pratique »

Participant·e·s : Reem Alameddine (Clinique Mauve, Université de Montréal, Université du Québec à Montréal), Aude Bandini (Université de Montréal), Amandine Catala (Université du Québec à Montréal) et Fernanda Pérez Gay Juárez (PGY-2, psychiatrie, McGill University; Neurophilosophy Lab).

Description de la table ronde

L’université comme institution, avec sa vocation pédagogique non-négligeable, entretient un rôle sociétal fort. Ayant centralement des buts épistémiques (ex. : création/conservation/révision des savoirs), elle a une implication, à degré variable, sur ce que nous considérons comme un savoir dit « valide » ‒ qui possède (ou non) une expertise, quoi devrait être étudié ‒ et assure la transmission de ces connaissances au public. Ce pouvoir lui génère donc aussi des responsabilités épistémiques.

Sachant que toutes les voix ne sont pas audibles et que toutes les expériences ne sont pas visibles, pour l’axe Normativités sociales du colloque annuel des boursier·ère·s du CRÉ, nous avons décidé de saisir l’occasion de mettre en dialogue des intervenant·e·s des milieux universitaires, pratiques et aussi ceux·celles qui se trouvent entre les deux. Bien que notre table ronde n’ait pas la prétention d’entamer un changement systémique ou institutionnel, nous croyons qu’une réflexion fertile pourrait éclore sur la pertinence des savoirs situés et de la (ou des) (in)justice(s) épistémique(s), afin de repenser les pratiques hégémoniques de production des connaissances.

Reem Alameddine (Clinique Mauve, Université de Montréal, Université du Québec à Montréal)

« Habiter l’entre-deux : produire du savoir depuis une position située »

Résumé

Cette présentation propose une réflexion située sur les limites à la reconnaissance des savoirs expérientiels, à partir d’un double ancrage en recherche doctorale et en pratique clinique à la Clinique Mauve. En mobilisant une posture d’ethnographie féministe, elle met en lumière les tensions liées à la position de chercheuse à la fois « insider » et « outsider », ainsi que les enjeux éthiques et épistémiques associés à la production, à la traduction et à la représentation des savoirs issus des personnes musulmanes LGBTQI+.

À partir d’exemples concrets, notamment en contexte de pratiques transaffirmatives et intersectionnelles, la présentation interroge les conditions de légitimité des savoirs expérientiels dans les milieux académiques et institutionnels, et souligne les dynamiques de pouvoir qui continuent de structurer leur reconnaissance. Elle propose enfin des pistes de réflexion visant à repenser les rapports entre savoirs académiques, communautaires et expérientiels, dans une perspective de justice épistémique et de transformation des pratiques.

Aude Bandini (Université de Montréal)

« Savoirs expérientiels et extractivisme épistémique »

Résumé

À première vue, la notion de « savoir expérientiel » constitue un outil prometteur que l’on gagnerait à intégrer à l’appareillage théorique de l’épistémologie sociale. Dans cette présentation, je défendrais cependant la thèse selon laquelle après réflexion, ce concept n’a pas la robustesse nécessaire pour ce faire, en raison des tensions internes qui en rendent la définition nécessairement confuse, et le rendent particulièrement susceptible de faire l’objet de diverses instrumentalisations et de pratiques extractivistes dommageables pour les personnes concernées.

Amandine Catala (Université du Québec à Montréal)

« Savoirs expérientiels et justice épistémique dans le contexte de la neurodiversité »

Résumé

Cette présentation souligne l’importance des savoirs expérientiels et des perspectives à la première personne des personnes autistes pour cultiver une plus grande justice épistémique. Je commence par un bref survol de ma théorie pluraliste de l’agentivité et de l’injustice épistémiques, qui inclut non seulement les savoirs propositionnels mais aussi pratiques, tacites, incarnés et affectifs. Je montre ensuite en quoi cette théorie pluraliste peut s’appliquer dans le contexte de la neurodiversité et de l’autisme.

Fernanda Pérez Gay Juárez (PGY-2, psychiatrie, McGill University; Neurophilosophy Lab)

« Des vécus pluriels aux savoirs reconnus : patient·es, clinicien·nes et chercheur·es en circulation »

Résumé

Cette intervention examine comment les savoirs expérientiels en santé mentale, ancrés dans le vécu des patient·es et la pratique des clinicien·nes, s’articulent avec les savoirs produits en recherche. Elle met en lumière les tensions éthiques liées aux hiérarchies entre formes d’expérience et à leur reconnaissance académique.

Seconde séance :« Les limites économiques et politiques : réflexions sur la gestion collective des limites »

Participant·e·s : Olivier Boucher (Université de Montréal), Denise Celentano (Université de Montréal) et Michaël Lemelin (Université de Montréal).

Description de la table ronde

Alors que les inégalités ne font que s’aggraver à travers le monde, en 2026, nous constatons qu’il a fallu moins de 9 heures pour que les 100 patrons d’entreprises les mieux payées au Canada « empochent l’équivalent du salaire annuel moyen des travailleurs ». Ainsi, de ce même constat où les élites, une minorité, accumulent une richesse écrasante et sans fin au détriment des plus pauvres, Professeure Ingrid Robeyns introduit le concept du limitarisme. En soulignant que l’extrême richesse affaiblit la démocratie, est incompatible avec le bien-être de tous et a des impacts considérables sur notre environnement, Robeyns met de l’avant une question importante pour nos invités, celle de la nécessité des limites par rapport à l’économie et la politique. Ainsi, cette discussion cherche à introduire des réflexions critiques sur le capitalisme et la précarité qu’il entraîne à tous les niveaux, en plus de la manière dont les limites peuvent servir d’outils afin de réimaginer le monde d’aujourd’hui.

Troisième séance : « Limites et mortalités : trois voies/voix de réflexion sur l’expérience de la finitude »

Participants.es : France Lacharité (Université de Sherbrooke), Louise La Fontaine (AQSP, Université de Sherbrooke) et Vincent Rochelle (Université Laval).

Description de la table ronde

Alors que nos sociétés sont de plus en plus confrontées aux frontières de la vie humaine, les limites de nos existences et de notre rapport à la mort sont ici mises en question. Dans ce contexte, la Dre Louise La Fontaine, Ph. D., (médecin à la retraite, spécialisé en soins palliatifs et présidente de l’Association québécoise de soins palliatifs, professeure associée au Centre d’études du religieux contemporain de l’Université de Sherbrooke), entamera une discussion avec France Lacharité (doctorante en études du religieux contemporain à l’Université de Sherbrooke et proche aidante) et Vincent Rochelle (doctorant en philosophie à l’Université Laval). En croisant des savoirs issus de la pratique clinique, de l’expérience vécue et de la réflexion philosophique, cette rencontre des différentes voies/voix permettra d’interroger les manières dont la finitude humaine est comprise, habitée et accompagnée. Elle ouvrira également un espace de réflexion sur les expériences subjectives et les horizons de sens qui émergent à l’approche de la mort. Les échanges mettront ainsi en dialogue les aspects pratique des expériences de la finitude vécues lors de l’accompagnement de personnes malades et de leurs proches en soins palliatifs, en lien avec des dimensions théoriques et conceptuelles.

— Conférence plénière —

Sophie Djigo (Laboratoire STL [Savoirs, Textes, Langage], Lille ; Institut Convergences Migrations)

« Frontières et limites : Déjouer le blanchiment / résister en solidarité »

Sophie Djigo est une philosophe engagée, professeure de philosophie en khâgne et directrice de recherche au Collège International de Philosophie, également chercheure affiliée au laboratoire STL (Savoirs, Textes, Langage) à Lille ainsi qu’à l’Institut Convergences Migrations. Spécialiste des questions migratoires, elle s’impose comme une philosophe de terrain en menant des enquêtes approfondies auprès des personnes en exil à Calais, Londres, Paris-La Chapelle, et Bruxelles. Ses recherches explorent la condition migrante, les politiques migratoires françaises et européennes, ainsi que les différentes formes de solidarité. Défenseure des droits, elle a fondé en 2018 le collectif citoyen Migraction59, dédié à l’accueil et au soutien des personnes migrantes. Plus récemment, ses travaux se sont concentrés sur les liens entre les questions migratoires et la politisation des quartiers populaires, soulignant l’urgence d’une réflexion critique sur les dynamiques sociales et politiques à l’œuvre dans ces contextes. Elle a notamment publié Les migrants de Calais (2016), Aux frontières de la démocratie (2019), Des philosophes sur le terrain (2022) et il y a quelques semaines: La solidarité n’est pas un crime (Textuel).

Résumé

La notion de limite se trouve au cœur de l’élaboration du régime de frontière. Or, le régime de frontière, en fabriquant des limites, en particulier ethno-nationales, ouvre la possibilité d’un régime d’action « sans limites » du point de vue pratique et moral, qui court-circuite toutes les règles de l’action et les lois. Ce régime déploie un processus de frontiérisation de la solidarité, qui l’enferme dans des limites ethno-nationales, au-delà desquelles « tout est permis ». Il fonctionne par un double geste d’affirmation-abolition: affirmation des lois et du droit à l’intérieur de l’espace national et au profit des citoyens/ abolition des droits à l’extérieur, notamment dans les espaces coloniaux ou marqués par la colonialité. Cela est rendu possible par un épaississement et une démultiplication de la frontière, y compris à l’intérieur de l’espace national, en fabriquant des catégories hors-la-loi et privées de droit. Historiquement, l’impérialisme colonial repose sur l’accumulation primitive des richesses, qui constitue justement l’objet d’un effacement, ou plutôt, d’un processus de blanchiment: les violences de la spoliation coloniale sont légalisées, normalisées, invisibilisées par les États de droit qui peuvent ensuite assurer le règne de la stabilité et d’une relative abondance au sein de leur territoire, tout en niant son coût à l’extérieur. Pire, pour perpétuer l’accumulation, les États de droit occidentaux continuent à piller dans d’autres territoires, en toute impunité. Ce qui est obtenu illégalement d’un côté de la limite est transformé en propriété légitime de l’autre. C’est le blanchiment — avec toute la connotation raciale qu’il implique aussi. Ce processus de blanchiment contraste avec la criminalisation de ceux que l’on appelle les « passeurs ». Il y a alors deux formes de transgression des limites, l’une, qui est blanchie et légitimée malgré sa violence, l’autre, qui est criminalisée et condamnée alors qu’elle repose sur le droit fondamental de libre circulation et la quête d’asile. Un double processus opère d’une part, à travers la légitimation de pratiques transgressives et immorales et d’autre part, avec la disqualification des acteurs qui tentent de contourner, transgresser, subvertir le régime de frontières et de revenir à une limite commune — celle des mêmes droits pour tous. Dans un monde où la solidarité se retrouve frontiérisée par des clôtures (sociales, nationales, ethno-nationales), transgresser les frontières de la solidarité permet de remettre une limite à l’exercice de la violence coloniale.

Organisé par Olivier Boucher (Université de Montréal), Nohémie Bokuma (Université Concordia), Melissa Hernández-Parra (Université de Montréal), France Lacharité (Université de Sherbrooke), Vincent Rochelle (Université Laval) et Alex Stankovich (Université de Sherbrooke).

Graphisme de l’affiche : Déborah Léa Girard Iduma.