Nathalie Maillard

Docteur es Lettres de l’Université de Lausanne.

Postes occupés

2011-2012 Stagiaire postdoctoral-e,

Participations aux événements du CRÉ

18 avril 2012 Journée d’étude sur le thème de l’éthique relationnelle

Biographie

Docteur es Lettres de l’Université de Lausanne, j’ai travaillé dans le cadre de ma thèse de doctorat sur les raisons et la signification de l’émergence du thème de la vulnérabilité dans différents domaines de l’éthique. Cette recherche a donné lieu à une publication : La vulnérabilité. Une nouvelle catégorie morale ? (Genève, Labor et Fides, 2011). J’ai également travaillé sur différentes questions de bioéthique, notamment sur l’euthanasie et le suicide assisté (avec A. Bondolfi et F. Haldemann, La mort assistée. En Arguments, Genève, Georg, 2008) et sur la greffe d’organes (ouvrage à paraître). Parallèlement à mes activités académiques, je suis aussi journaliste culturelle pour le bimensuel La Cité (www.lacite.info).

De septembre 2008 à février 2010, j’ai été post-doctorante au CERSES (Centre de recherche sens, éthique et société, CNRS, Paris), où j’ai entamé une recherche sur l’éthique minimale et la question du rapport à soi. C’est cette recherche que je poursuis dans le cadre de ma bouse de recherche (financée par le Fonds National Suisse) au CREUM.

La majorité des théories morales contemporaines défendent des conceptions sociales de la moralité. Elles s’intéressent aux obligations qu’ont les individus à l’égard des autres personnes. Ces approches marginalisent ou excluent le rapport à soi des questions éthiques. Le philosophe Ruwen Ogien a proposé une éthique, qui s’inscrit dans le champ des conceptions sociales de la moralité. Contre les maximalistes, Aristote et Kant en tête, selon lesquels nous devrions vivre de manière à nous perfectionner ou en respectant les devoirs que nous avons envers nous-mêmes, le philosophe a affirmé que ce que nous nous faisons à nous-mêmes est moralement indifférent.

Si c’est la thèse de l’indifférence morale du rapport à soi qui a été au centre de mes recherches, mon travail sur l’éthique minimale s’est concentré sur trois axes :

1. Distinguer la « morale élémentaire » du libéralisme et l’éthique minimale

L’éthique minimale est inspirée par l’éthique libérale de la neutralité (Rawls Dworkin, Larmore) et par le libéralisme de la non-nuisance (Mill, Feinberg). Mais tous ces auteurs sont des minimalistes politiques, non des minimalistes moraux.

L’éthique minimale a une différence de portée. Elle n’exclut pas uniquement les questions relatives au bien personnel du domaine politique. Le minimalisme disqualifie également les jugements de moralité/immoralité privés concernant le rapport à soi. Les principes de non-nuisance et de neutralité sont par ailleurs justifiés, en lien avec des considérations factuelles concernant le pluralisme ou la nature coercitives du pouvoir collectif, par un appel à des arguments épistémologiques, moraux ou pragmatiques qui n’interviennent pas dans la justification de l’éthique minimale. Selon l’éthique minimale, si nous devons rester politiquement et moralement neutres concernant le rapport à soi, c’est parce que ce que nous nous faisons à nous-mêmes est moralement indifférent. La défense de l’autonomie individuelle et de la non pertinence des jugements moraux dans le domaine intrapersonnel repose ici sur l’idée que nous avons, à l’égard de nous-mêmes, une liberté normative complète. Cette idée n’est pas impliquée par la position libérale. De ce point de vue, il n’y a pas de rapport nécessaire entre l’éthique libérale et le minimalisme moral.

2. Évaluer les arguments visant à justifier la thèse de l’indifférence morale du rapport à soi.

L’argumentaire visant à justifier la thèse de l’indifférence morale du rapport à soi repose essentiellement sur l’idée d’asymétrie morale. Selon l’idée d’asymétrie morale, ce que nous nous faisons à nous-mêmes est moralement moins important que ce que nous faisons à autrui. Ogien a défendu une forme radicale d’asymétrie en soutenant que le rapport à soi n’a pas d’importance morale. L’idée d’asymétrie a été développée sous différentes formes : a) un appel aux résultats de travaux empiriques dans le domaine de la psychologie morale qui tendraient à montrer que nous sommes « naturellement » minimalistes ; b) un recours à l’argument du consentement ; c) une critique conceptuelle des positions maximalistes : l’idée de devoir envers soi et de vertu personnelle. J’ai analysé ces différents arguments en défendant une conception de l’asymétrie morale entre le rapport à soi et le rapport à autrui qui n’implique toutefois pas l’idée d’indifférence morale du rapport à soi.

3. Défendre une conception hétérogène et hiérarchisée du domaine moral, qui inclut la question du rapport à soi.

Tout en travaillant les points mentionnés plus haut, j’ai essayé de montrer que nous utilisons dans le cadre du rapport à soi un vocabulaire normatif qui va au-delà des considérations prudentielles et que la disqualification du langage moral dans les questions intrapersonnelles est illégitime. J’ai soutienu toutefois que les normes intrapersonnelles n’appartiennent pas au même registre moral que les normes interpersonnelles. Elles n’ont pas la même importance et ne sont pas définies par les mêmes critères. Je considère par ailleurs, même si les notions de devoir envers soi et de vertus personnelles sont valides, que les questions relatives au bien personnel doivent rester extérieures au domaine politique. Nous avons de bonnes raisons, morales et pragmatiques notamment, de disqualifier le perfectionnisme politique (du moins sous sa forme coercitive).

D’une manière générale, j’ai essayé dans cette recherche de penser à nouveaux frais la question du rapport à soi-même. Je voulais aussi montrer qu’on peut penser moralement le rapport à soi sans être un paternaliste liberticide ou un affreux conservateur.

Vient de paraître: Faut-il être minimaliste en éthique? Le libéralisme, la morale et le rapport à soi.


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