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« L’après Covid » : enjeux éthiques, politiques, économiques et sociaux dans un monde postpandémique.

« L’après Covid » : enjeux éthiques, politiques, économiques et sociaux dans un monde postpandémique.

Le numéro d’hiver 2021 des Ateliers de l’éthique/The Ethics Forum propose un dossier spécial consacré aux enjeux normatifs « post-Covid ». Les articles seront d’abord publié ici même au cours des trois prochains mois en « accès anticipé ». Ils seront ensuite regroupés dans un numéro officiel (Volume 16, numéro 1) qui paraîtra sur la plateforme Érudit à la fin du printemps (juin 2021).

« After Covid »: ethical, political, economic and social issues in a post-pandemic world.

The 2021 winter issue of Les ateliers de l’éthique/The Ethics Forum features a thematic discussion devoted to « post-Covid » normative issues. Articles will first be published here over the next three months in « early access ». They will then be grouped together in an official issue (Volume 16, number 1) which will appear on the Érudit platform at the end of spring (June 2021).

MARTHA ALBERTSON FINEMAN
Universality, Vulnerability, and Collective Responsibility

ABSTRACT:
Vulnerability theory as developed in the Vulnerability and Human Condition Initiative is an
alternative to a rights-based or social contract paradigm for thinking about foundation
concepts of state responsibility. One fundamental premise of the theory is that the individuals
and groups currently described as “vulnerable populations” should not be labelled
vulnerable,nor should they be sequestered in discreet categories for the purposes of lawand
policy.This plea for their inclusion in a largerwhole is not to deny that discrimination,harm,
and relative disadvantage arising fromall sorts of circumstances and situations exist.Nor is
it to suggest that particular instances of harmshould not be addressed by appropriate state
action.Rather, it is an argument that“vulnerability”is thewrong concept to use to define and
isolate these groups,or any other specific group, fromthewhole of humanity.Human vulnerability
is universal and constant, inherent in the human condition. Recognizing the theoreticalmandates
of accepting the universal,vulnerability theory presents a“vulnerable subject”
as the only appropriate object of lawand policy.This inclusive,universal legal subject incorporates
the realities of the ontological body and its life-long dependence on social institutions
and relationships, building a theory of essential (not voluntarily or consensual) social
cohesion and reciprocity inwhich the state (or governing system) has the responsibility to see
that these vital social institutions and relationships operate justly.

RÉSUMÉ :
La théorie de la vulnérabilité telle que développée dans l’Initiative sur la vulnérabilité et la
condition humaine (Vulnerability and Human Condition Initiative) est une alternative à un
paradigme fondé sur les droits ou le contrat social pour réfléchir aux concepts fondateurs de
la responsabilité de l’État.Une prémisse fondamentale de la théorie est que les individus et
les groupes actuellement décrits comme des « populations vulnérables » ne doivent pas être
qualifiés de vulnérables ni être séquestrés dans des catégories discrètes aux fins de la loi et
de la politique. Ce plaidoyer en faveur de leur inclusion dans un tout plus large ne consiste
pas à nier l’existence d’une discrimination, d’un préjudice et d’un désavantage relatif résultant
de toutes sortes de circonstances et de situations.Cela ne signifie pas non plus que des
cas particuliers de préjudice ne devraient pas être traités par une action appropriée de l’État.
C’est plutôt un argument selon lequel la « vulnérabilité » est le mauvais concept à utiliser
pour définir et isoler ces groupes,ou tout autre groupe spécifique,de l’ensemble de l’humanité.
La vulnérabilité humaine est universelle et constante, inhérente à la condition humaine.
Reconnaissant lesmandats théoriques de l’acceptation de l’universel, la théorie de la vulnérabilité
présente un « sujet vulnérable » comme le seul objet approprié du droit et de la politique.
Ce sujet juridique inclusif et universel incorpore les réalités du corps ontologique et sa
dépendance à vie aux institutions et aux relations sociales en construisant une théorie essentielle
(non facultative ou consensuelle) de la cohésion et de la réciprocité sociales dans
laquelle l’État (ou le système de gouvernement) a la responsabilité de veiller à ce que ces
institutions et relations sociales vitales fonctionnent correctement.

ERINN GILSON
What Isn’t New in the New Normal: A Feminist Ethical Perspective on COVID-19

ABSTRACT:
This essay argues that dominant responses to the COVID-19 pandemic redouble disparities
in vulnerability to harms because these responses simply attempt to return to conditions
prior to the outbreak of the virus. Although the widespread impact of COVID-19 has made
interdependencemore vivid, the underlying sociocultural devaluation of vulnerability, relationality,
and dependency has intensified structural inequalities. People who were already
disempowered and disadvantaged have been consigned to evenmore precarious conditions.
A feminist ethical perspective avows vulnerability, relationality, and dependency as conditions
that are both unavoidable and central to life. Such a perspective thus provides insight
intowhy some dominant responses to the virus are unjust andwhatmore ethical andmore
socially just responses to the pandemic,which foster social health aswell as physical health,
might look like.

RÉSUMÉ :
Cet essai soutient que les réponses prédominantes à la pandémie de COVID-19 intensifient
les disparités en termes de vulnérabilité aux torts parce que ces réponses tentent simplement
de revenir aux conditions antérieures à l’épidémie du virus. Bien que l’impact généralisé
du COVID-19 ait rendu l’interdépendance plus vive, la dévaluation socioculturelle
sous-jacente de la vulnérabilité,de la relationnalité et de la dépendance a intensifié les inégalités
structurelles. Des personnes déjà démunies et défavorisées ont été placées dans des
conditions encore plus précaires.Une perspective éthique féministe reconnaît la vulnérabilité,
la relationnalité et la dépendance comme des conditions à la fois inévitables et centrales
à la vie.Une telle perspective permet ainsi demieux comprendre pourquoi certaines réponses
dominantes au virus sont injustes et à quoi, des réponses à la pandémie plus éthiques et
socialement plus justes, favorisant la santé sociale ainsi que la santé physique, pourraient
ressembler.

ÅSBJØRN MELKEVIK
The Illusory Distinction Between Re- and Predistribution

ABSTRACT:
The distinction between redistribution and predistribution is now embraced by many
political philosophers, like Jacob Hacker or Martin O’Neill. This distinction, we could think,
is particularly important for the question of how we react to crises, like the current coronavirus
pandemic. If the policies take the form of taxes and transfers, like cash-flow assistance,
it is redistribution, one could argue. If the policies are meant to alter pretax incomes,
as policies changing the conditions for bankruptcy are, it is predistribution. This paper
shows why that is not so. Re- and predistribution are only techniques of presentation.
They are meant to put the emphasis on different ways we can depict the consequences
of policies. Both the “pre-” of predistribution and the “re-” of redistribution are misnomers.
This paper argues that we cannot establish a strong distinction between policies
that are re- and those that are predistributive, as the case of the basic income will show.
Given that classical liberals endorsed egalitarian policies, moreover, the idea of predistribution
cannot be used by progressives who want to differentiate their social justice platforms
from the classical liberal program.

RÉSUMÉ :
La distinction entre redistribution et prédistribution est maintenant acceptée par de
nombreux philosophes politiques, comme Jacob Hacker ou Martin O’Neill. Cette distinction,
pourrait-on penser, est particulièrement importante pour la question de savoir
comment nous réagissons aux crises, comme l’actuelle pandémie de coronavirus. Si les
politiques prennent la forme d’impôts et de transferts, il s’agit de redistribution, pourraiton
dire. Si les politiques visent à modifier les revenus avant impôts, comme les politiques
modifiant les conditions de la faillite, il s’agit de la prédistribution. Cet article montre
pourquoi ce n’est pas le cas. La redistribution et la prédistribution ne sont que des techniques
de présentation. Ils visent à mettre l’accent sur différentes manières de décrire les
conséquences des politiques publiques. Le « pré » de la prédistribution et le « re » de la
redistribution sont tous deux trompeurs. Cet article soutient que nous ne pouvons pas
établir une distinction forte entre les politiques redistributives et prédistributives, comme
le montre le cas du revenu de base. Étant donné que les libéraux classiques ont approuvé
plusieurs politiques égalitaires, de plus, l’idée de prédistribution ne peut pas être utilisée
par les progressistes qui veulent différencier leurs plates-formes de justice sociale du
programme libéral classique.

CONSTANT BONARD & JULIETTE CAMILLE VAZARD
Pas de Panique?

ABSTRACT:
In this essay, we tackle the misconception that panic is simply a state of being « overwhelmed
by your fear. » Panic, in our view, is not an extreme fear that necessarily pushes
the person into dysfunctional, counterproductive and irrational behaviors.On the contrary,
aswewill try to showhere, it is an emotion in its own right that has its own cognitive and
motivational functions.We will analyze panic here as a reaction to a danger perceived as
major, imminent and without clear solution, in the sense that the subject does not have
a determined action plan to react to the danger. Panic thus implies special access to
certain information or certain facts – a perception or apprehension of a danger and its
precise properties – and it is in this that it has a cognitive function. On the motivational
level,we will defend the idea that panic involves tendencies to action appropriate to the
situation as it is perceived. Contrary to popular opinion and that of philosophers,we will
therefore propose away of conceiving panic as being able to be functional and thus, rational,
insofar as this emotion helps us to reach our goals given the means of which we
dispose. Contrary to what wemight think, in some situations it is worth panicking.

RÉSUMÉ :
Dans cet essai, nous nous attaquons à l’idée reçue selon laquelle la panique consiste
simplement en un état où l’on se laisse « dépasser par sa peur ». La panique, selon nous,
n’est pas une peur extrême qui pousse nécessairement la personne à des comportements
dysfonctionnels, contre-productifs et irrationnels.Au contraire, comme nous allons tenter
de le montrer ici, il s’agit d’une émotion à part entière qui a ses propres fonctions cognitives
et motivationnelles.Nous analyserons ici la panique comme une réaction face à un
danger perçu commemajeur, imminent et sans issue claire,dans le sens où le sujet n’a pas
de plan d’action déterminé pour réagir face au danger. La panique implique ainsi un accès
particulier à certaines informations ou certains faits – une perception ou appréhension
d’un danger et de ses propriétés précises – et c’est en cela qu’elle a une fonction cognitive.
Sur le planmotivationnel, nous défendrons l’idée selon laquelle la panique implique des
tendances à l’action appropriées à la situation telle qu’elle est perçue.À contre-courant de
l’opinion populaire et de celle des philosophes, nous proposerons donc une manière de
concevoir la panique comme pouvant être fonctionnelle et ainsi, rationnelle, dans la
mesure où cette émotion nous aide à atteindre nos buts étant donné les moyens dont
nous disposons. Contrairement à ce nous pourrions penser, dans certaines situations il
vaut la peine de paniquer.

ANGIE PEPPER & KRISTIN VOIGT
Covid-19 and the Future of Zoos

ABSTRACT:
The COVID-19 crisis has left zoos especially vulnerable to bankruptcy, and the precarity of
their financial situation threatens the lives and well-being of the animals who live in
them. In this paper,we argue that whilewe and our governments have a responsibility to
ensure the protection of animals in struggling zoos, it is morally impermissible to make
private donations or state subsidies to zoos because such actions serve to perpetuate an
unjust institution. In order to protect zoo animalswithout perpetrating further injustice,
governments should subsidize the transformation of zoos into sanctuaries and then facilitate
the gradual closure ofmost of these sanctuaries.

RÉSUMÉ :
La crise du COVID-19 a rendu les zoos particulièrement vulnérables à la faillite, et la précarité
de leur situation financière menace la vie et le bien-être des animaux qui y vivent.
Dans cet article, nous soutenons que si nous et nos gouvernements avons la responsabilité
d’assurer la protection des animaux dans les zoos en difficulté financière, il est moralement
inadmissible de faire des dons privés ou d’offrir des subventions étatiques aux
zoos, car de telles actions servent à perpétuer une institution injuste.Afin de protéger les
animaux des zoos sans commettre d’autres injustices, les gouvernements devraient
subventionner la transformation des zoos en sanctuaires et ensuite faciliter la fermeture
progressive de la plupart de ces sanctuaires

KIAN MINTZ-WOO
Will Carbon Taxes Help Address Climate Change?

ABSTRACT:
The coronavirus disease 2019 (COVID-19) crisis ought to serve as a reminder about the
costs of failure to consider another long-term risk, climate change. For this reason, it is
imperative to consider themerits of policies thatmay help to limit climate damages. This
essay rebuts three common objections to carbon taxes: (1) that they do not change behaviour,
(2) that they generate unfair burdens and increase inequality, and (3) that fundamental,
systemic change is needed instead of carbon taxes. The responses are (1) that
there is both theoretical and empirical reason to think that carbon taxes do change behaviour,
with larger taxes changing it to a greater extent; (2) that undistributed carbon taxes
are regressive but distributing the tax receipts can alleviate that regressivity (and, inmany
cases, make the overall effect progressive); and (3) that while small changes for increasing
democratic decision-making may be helpful, (fundamental) change takes time and
the climate crisis requires urgent action.

RÉSUMÉ :
La crise de lamaladie à coronavirus 2019 (COVID-19) devrait servir de rappel sur les coûts
de la non-prise en compte d’un autre risque à long terme, les changements climatiques.
Pour cette raison, il est impératif de considérer lesmérites des politiques susceptibles de
contribuer à limiter les changements climatiques. Cet essai réfute trois objections
courantes aux taxes sur le carbone : (1) qu’elles ne changent pas les comportements (2)
qu’elles génèrent des charges injustes et augmentent les inégalités, et (3) qu’un changement
fondamental et systémique est nécessaire au lieu de taxes sur le carbone. Les
réponses sont (1) qu’il existe des raisons à la fois théoriques et empiriques de penser que
les taxes sur le carbone modifient effectivement les comportements, et que des taxes
plus élevées les modifient dans une plus grande mesure; (2) que les taxes sur le carbone
non distribuées sont régressives,mais que la distribution des recettes fiscales peut atténuer
cette régressivité (et, dans de nombreux cas, rendre l’effet global progressif); et (3)
que, bien que de petits changements pour l’amélioration de la prise de décision démocratique
peuvent être utiles, un changement (fondamental) prend du temps et la crise
climatique exige une action urgente.